
(Ré)écrire l’avenir. Vers une ethnographie mutidisciplinaire
Dans la conduite de ma thèse de doctorat en anthropologie, j’ai pu expérimenter des méthodologies aussi variées que complémentaires afin de tenter de saisir l’objet d’étude : l’ostréiculture. Le rapport des ostréiculteur·trice·s aux huîtres et à l’environnement dans lequel ils et elles les élèvent est aussi complexe qu’ambigu entre sauvage et domestique, entre espaces naturels et anthropisation. Ces relations s’inscrivent dans de multiples temporalités qui se chevauchent, s’entrecroisent et s’influencent. En particulier, la question de l’avenir, intrinsèquement in-certain et insaisissable, revient souvent concernant l’ostréiculture. « Va-t-on mourir à petit feu ou arrivera-t-on à se réinventer ? » comme le formule un ostréiculteur de l’Etang de Thau en février 2025. Le dialogue entre des vignettes fictionnelles ancrées dans une ethnographie du présent, et des micro-nouvelles de fiction imaginées à partir des anticipations de l’avenir déjà en place dans les pratiques des professionnelles permet de tracer des pistes de réflexions et de réponse à cette question. Ces fictions sont nourries du réel de l’observation participante, des entretiens et récits de vie réalisés avec les ostréiculteur·trice·s et par un travail sur les expériences sonores et le dessin d’observation dans le travail ostréicole.

S’intéresser aux futurs (représentations de l’avenir) semble essentiel pour éclairer les pratiques dans le présent, en particulier lorsque celles-ci relèvent de formes d’anticipation des incertitudes et risques posés par l’avenir. Cependant, obtenir des discours construits sur ces futurs s’est avéré complexe au cours de l’observation participante, où les projections vers l’avenir restaient modestes (5 ans) voire limitées (2 à 3 ans)… De même, le rapport à l’environnement et finalement l’ontologie ostréicole associée nécessitaient la mise en place de méthodes élargies et complémentaires. Les récits-fictions (présents et futurs), mis en dialogue avec l’écoute réactivée et le dessin d’observation ont permis de mieux circonscrire l’objet, de faciliter son analyse puis d’en rendre compte le plus fidèlement possible.
