Mia Reynaud

Genèse. Dans le cadre de ma thèse, j’étudie une activité de pêche au Sénégal. Lors de ma première mission sur le terrain, j’ai mené des enquêtes classiques : entretiens, questionnaire et observation. La sensation de prendre sans rien donner en retour me pesait. Peu à l’aise avec l’idée de compensations financières, j’ai cherché une autre manière de rendre quelque chose aux personnes rencontrées. L’idée de faire une bande dessinée (BD) m’avait déjà traversé l’esprit et à ce moment-là elle faisait particulièrement sens : la BD serait un objet tangible, accessible, qui permettrai de raconter ce que nous avons construit ensemble, en échange du temps, des savoirs et de la confiance que les pêcheuses nous ont accordé.

La bande dessinée Femmes et Coquillages est un dispositif de médiation et de recherche. Elle vise à restituer, mettre en dialogue et explorer différents points de vue sur une activité de pêche et sa transformation.

La bande dessinée est structurée en trois chapitres : ainsi elle donne tour à tour la « parole » aux chercheur·ses, aux pêcheuses… et aux coquillages. Elle agit comme un objet-frontière, reliant des mondes et des registres de savoirs différents. Elle permet de faire coexister ces perspectives au sein d’un même système, et de rendre visibles les relations qui les unissent, en les stabilisant temporairement.

Au-delà de cette mise en lien, la BD constitue aussi un véritable outil de recherche. Sa construction repose sur un processus itératif entre terrain, écriture et illustration. Ce va-et-vient m’amène à interroger en permanence ce que l’on choisit de représenter — et, tout autant, ce que l’on laisse de côté. En ce sens, la bande dessinée ne se contente pas de restituer la recherche : elle participe pleinement à sa production.